On a dit de moi que j’étais à la fois mort et vivant. On avait imaginé m’enfermer dans une boîte dans laquelle on avait introduit un produit toxique. Le  chercheur se demandait dans quel état je serai à un moment donné de l’expérience. Qui allait donc décider lequel de ces états allait être le mien? Certains savants, enfermés dans leurs laboratoires, allaient décider qu’il fallait scinder la réponse en deux propositions opposées: c’est l’un ou l’autre. D’autres, plus en contact avec la pensée antique, ont pensé que deux états apparemment opposés ne sont pas forcément contradictoires, ils seraient même superposés. Cette expérience du chat enfermé dans une boîte – on l’a appelée l’expérience du chat de Schrödinger –  a été imaginée par Erwin Schrödinger, un physicien autrichien, un des piliers de la mécanique quantique, qui a reçu le prix Nobel pour ses recherches.

Je suis un chat. Mon nom est Schrödinger. Je suis un chat philosophe
LE CHAT SCHRODINGER
 
Je suis un chat et je m’appelle Schrödinger. J’ai décidé de partager avec vous ma façon de voir le monde. Ma pensée n’est pas issue de votre langage, puisqu’elle s’articule à partir de ma sensibilité particulière qui me permet d’accéder, sans passer par les sens, à une lecture directe des choses. Cette écriture est issue de l'intrication de deux esprits, celui de mon écrivain et le mien. Evidemment, il est difficile de vous expliquer comment nos pensées respectives se marient, puisque cela va de soi pour nous. Nous avons eu accès à une forme de pensée que nous ne pouvons pas définir avec des mots, une pensée en deçà des images, puisque les images impliquent déjà une forme de pensée. Ce serait une forme sans contours précis, une forme silencieuse, une forme qui n’a pas encore trouvé de sens. Cette forme libre fonctionne peut-être pour nous comme une sorte d’inspiration.
 
L'ECRIVAIN VITTORIO BIZZOZERO
 
Mon écrivain est psychanalyste et docteur en neurosciences et ces petits textes que nous vous présentons mon écrivain et moi sont extraits d'un manuscrit qu'il a envoyé chez quelques éditeurs. Il a publié cinq livres à propos de l'odorat et de la psychanalyse, mais c'est la première fois que nous écrivons à quatre mains... pardon... à deux mains et deux pattes. Sans moi cet écrit n'aurait jamais pu naître et sans lui je n'aurais pas pu exprimer ma vision  du monde.
On compte sur vous pour que vous commentiez ces quelques mots et pour que vous nous fassiez part de vos expériences et vos réflexions.

Lorsque nous ouvrons la boîte pour décider dans quel état va être le chat, sommes-nous vraiment sûr de ce que nous voyons? Nous pensons, mon écrivain et moi, et nous ne sommes pas les seuls à le penser, que ce que nous croyons voir est une construction qui dépend de certains schémas cérébraux, différents pour chaque espèce. En tant que chat j’ai l’impression que, comme mon homonyme physicien a essayé de le montrer en imaginant son expérience, le monde et moi sommes indissociables l’un de l’autre, nous faisons un dans un état de superposition ou d’intrication. Il y a un mot en anglais, atonement, qui signifie le fait d’être en accord ou en unité avec quelque chose ou quelqu’un, le fait de faire un. En tant que chat je fais un avec ce que je vois.

Le monde est certainement construit pour nous les chats à l’aide de nos structures cérébrales, mais nous avons accès à des façons d’être qui n’ont rien à voir avec notre cerveau. Cette manie qu’ont les humains de tout vouloir tout comprendre à partir de leur boîte crânienne. Astronomes, physiciens et cosmologues ont déjà suivi ce qu’on appelle la révolution copernicienne. Nicolas Copernic était mathématicien et astronome et a vécu à cheval entre le XV et le XVI siècle ; il est à l’origine de ce qu’on appelle l’héliocentrisme, une théorie qui plaçait le soleil au centre du monde, et non plus la terre. Mais d’autres sciences et surtout les sciences médicales et psychologiques continuent à penser que le soleil continue à tourner autour de la tête… pardon, autour de la terre.

Comment traduire ma manière de penser? D’ailleurs est-ce que je pense? Certainement pas de manière déterministe. Les questions de cause à effets sont en dehors de ma portée. Pour moi tout est nouveau tout le temps, surtout lorsqu’un petit détail change dans ce que l’humain appelle mon environnement ; pour moi si un détail change c’est comme si pour l’homme son œil changeait de manière de fonctionner.